Rabat à travers l’histoire
Une ville, plusieurs époques. Des vestiges de Sala aux remparts almohades, de la médina à la capitale moderne : découvrez les histoires qui composent Rabat.

Avant Rabat, la cité de Sala
L’histoire du territoire précède celle de la ville médiévale. À Chellah, sur une hauteur au-dessus du Bouregreg, les vestiges de Sala témoignent d’une cité antique, maurétanienne puis romaine. Ce site permet de replacer Rabat dans une histoire plus large : celle des échanges, des déplacements et des villes établies près du fleuve.
Il faut distinguer Sala, sur le site de Chellah, de la ville actuelle de Salé, sur l’autre rive. Elles appartiennent à une même géographie de l’estuaire, mais leurs histoires et leurs emplacements ne se confondent pas.

Les Almohades et le Ribat al-Fath
Au XIIe siècle, les Almohades donnent à Rabat une nouvelle dimension militaire et urbaine. Abd al-Moumen fortifie le noyau de la Kasbah ; la position à l’embouchure du Bouregreg en fait une base stratégique tournée vers l’Atlantique et l’Andalousie. Le nom Ribat al-Fath est lié à cette période.
Sous Yaacoub al-Mansour, le projet change d’échelle : enceintes, portes monumentales et grande mosquée Hassan dessinent l’ambition d’une ville impériale. La mosquée reste inachevée. La Tour Hassan et les colonnes conservées permettent encore de mesurer ce projet.
Chellah devient une nécropole mérinide
À partir de 1285, le sultan Abou Youssef Yaâqoub aménage une nécropole dynastique à Chellah. Au XIVe siècle, Abou el Hassan l’agrandit et la fait entourer d’une enceinte en 1339. Les constructions médiévales s’installent auprès des vestiges antiques.
Cette superposition explique la singularité du lieu : on y lit plusieurs histoires dans un même paysage. Le minaret, les espaces funéraires et l’enceinte ne datent pas de la même époque que les rues et monuments de la cité antique.
Les arrivées andalouses et la vie du Bouregreg
Au début du XVIIe siècle, l’installation de populations venues de la péninsule Ibérique, notamment de Morisques expulsés d’Espagne, transforme la médina et la Kasbah. Ces habitants apportent leurs pratiques artisanales, leurs traditions et de nouvelles dynamiques urbaines.
L’estuaire devient aussi un espace de commerce et d’activité maritime, marqué par la course et par des pouvoirs locaux. Cette période ne résume pas toute l’histoire de Rabat : elle constitue une couche supplémentaire, encore perceptible dans la mémoire et les formes de la ville.

Une capitale et une ville nouvelle
En 1912, au début du Protectorat français, Rabat devient la capitale administrative du Maroc. Une ville nouvelle se développe avec des avenues, des bâtiments publics, des quartiers résidentiels et des jardins, notamment dans le cadre des plans d’Henri Prost.
Cette transformation se déroule dans un contexte colonial qu’il est nécessaire de nommer. La ville moderne se construit à côté de la médina et des monuments anciens : le dialogue entre ces ensembles, mais aussi leurs différences de fonctions et de formes, reste visible aujourd’hui.

La capitale du Maroc indépendant, un patrimoine partagé
Après l’indépendance de 1956, Rabat conserve son rôle de capitale du Royaume. Sa fonction politique et administrative s’accompagne progressivement d’équipements culturels, de musées et de nouveaux espaces urbains. La ville continue de se transformer autour du Bouregreg et de son littoral.
En 2012, l’UNESCO inscrit « Rabat, capitale moderne et ville historique : un patrimoine en partage » au patrimoine mondial. L’inscription concerne un ensemble défini : elle reconnaît la rencontre des héritages anciens et de l’urbanisme moderne, et non un monument isolé.


